Bonsoir à touteszétous,

Prim’s, nous avons aujourd’hui récupéré plus de 200 blouses. Vous n’imaginez pas quelle impression cela nous fait en voyant tout cela et en vous imaginant à l’oeuvre jour après jour, c’est incroyable !

Deuz’, nous avons reçu les derniers kits coupés ; demain, Martin ne va pas chômer, entre leur distribution et la récupération de blouses. Les routes de la Yaute n’auront très très bientôt plus de secrets pour lui.

Troiz’ nous lançons un petit appel à l’aide, un peu dépassées par le nombre de blouses à retoucher…

Bonneeeee nuiiit !

https://drive.google.com/file/d/1HBK9HWIwiLCPGSrGEyLs8I_MVL9n_LJk/view?usp=sharing

Bonjour à touteszétous,

Nous avons aujourd’hui récupéré et trié quatre-cent-quatre-vingt-dix-neuf blouses. La grande majorité était nickel mais nous avons quand même dû mettre en retouche cent-vingt-trois d’entre elles (soit 25%), ce qui est un gros travail vous vous en doutez.

Encore une fois, nous ne sommes pas – pour la majorité d’entre nous – des couturières professionnelles mais ces blouses vont être portées et reportées, lavées et relavées. 

Alors voici les points sur lesquels nous attirons spécialement votre attention et que nous vous demandons de transmettre aux personnes de votre équipe :

– Sur le devant de l’encolure, bien consolider le creux en pointe en faisant deux-trois aller-retours horizontaux OU en renforçant cette zone avec une petite pièce de tissu – un seul point droit ne suffit pas, ni un autre point trop relâché.

– Assurer la solidité des coutures au niveau des épaules en recousant avec un zigzag serré TOUTE l’encolure, en partant du dos droit jusqu’au dos gauche. 

– Si l’élastique coupé par Décathlon fait moins de 20 cm/par manche – nous espérons qu’ils auront rectifié cela pour les prochains kits -, faites les fonds de tiroir (c’est l’occasion de faire du rangement peut-être ;-)). Et prévenez-nous si vous n’en trouvez pas.

– Si vous ne pouvez pas faire un point zigzag serré et si vous n’avez pas de sur-jeteuse, mieux vaut faire un ourlet sur les dos et en bas de la blouse – Sinon cela s’effiloche rapidement et la finition n’est pas propre.

– Vérifier bien l’emplacement des liens.

– Ces liens doivent être relativement fins – c’est à dire environ 5-8 mm pour être noués facilement avec des gants. Ils doivent aussi être solides, donc avec une bande de tissu au moins pliée en deux, voire en quatre. S’il n’y a pas assez de bande de tissu dans le kit, vous pouvez utiliser des rubans (en coton ou en tout cas lavables à 60°C) ou du jersey en coupant des bandes dans un tee-shirt (encore un peu de tri dans les placards peut-être !).

Vous nous seriez d’un grand secours si vous pouviez respecter ces points sur les blouses que vous faites/ferez.

Vous pouvez aussi aller revoir le guide des bonnes pratiques concocté par notre équipe !

Merci merci !

Ouf !!

Après une manipulation désastreuse hier, notre adresse email ne fonctionne plus ou au mieux arrive dans vos spams.

Nous venons donc de créer une nouvelle adresse :

desblousespourlhopital@gmail.com

Et oui, même quand on ne maîtrise pas la technique on trouve toujours une solution 😉

Bonsoir à touteszétous,

Je vous ai envoyé hier soir un mail vous invitant – tous les 531 que vous êtes – à consulter notre site et/ou la page FB car cela nous permet de donner les infos importantes en une seule fois (c’est-à-dire ces jours-ci, essentiellement les livraisons des kits et récuprérations des blouses). Et donc de ne garder le mail que pour des requêtes urgentes et/ou particulières.

Mais on m’appelle depuis foul’bazard…

L’adresse email est maintenant considérée comme spam et arrive probablement même directement dans la corbeille du serveur………. bref foul’bazard j’vous dis.

Donc, mille pardons, nous allons essayer de résoudre tout ça et vous tiendrons au courant. Bonne nuit. Gwénolée

Que la première livraison de sur-blouses au CHAL semble déjà loin ! Il faut dire que les péripéties n’ont pas manqué. Le premier tissu qui devait arriver le 1er avril, après avoir été bloqué à la frontière germano-française pour raisons sanitaires, puis retardé par les restrictions de circulation et la diminution par 5 de la fréquence de livraisons des transporteurs, ce tissu donc, a pris des chemins de traverse passant par Paris, Lyon et Seynod.

Nous avons alors commencé les sur-blouses dans un stock de tissu retrouvé au CHAL, d’une largeur différente de celui commandé, nous obligeant à retracer les patrons dans la journée afin de commencer la coupe, la distribution et la fabrication le plus rapidement possible. Un troisième tissu commandé en urgence le 7 avril n’a pas le temps d’arriver au CHAL que le premier pointe enfin le bout de son fil le 10 avril, nous permettant enfin de poursuivre découpe et couture… après être revenues au premier plan de coupe 😉

Entretemps, les besoins du CHAL ondulaient comme de la soie, les différentes structures du groupe hospitalier révisant leurs quantités au jour le jour. Le jeudi 16, le service Logistique et Achats de l’hôpital nous demande si nous pouvons leur fabriquer 450 sur-blouses de plus. Nous récupérons un quatrième lot de tissu qui est en fait le troisième, dans la deuxième largeur devenue la première (vous suivez toujours ?!).

Au fil des jours, le tissu et les élastiques sont mis en pièces, les kits se ressemblent et s’assemblent par lots de 5 puis de 6, les livraisons par secteur se dispersent, les machines filent droit, les sur-blouses fleurissent, l’oeil de lynx des travaux finis veille. Nous allons offrir à nos soignants des protections qu’ils auront, malgré un contexte éprouvant, plaisir à porter.

De 500 le 30 mars à 2.000 le 15 avril, ce sont – après mûre réflexion et surtout grâce à vous touteszétous – 2.514 sur-blouses qui parcourront d’ici une dizaine de jours de Sallanches à Thonon, les couloirs et chambres des services de soins prioritaires… si tout va bien… Mais nous n’avons, à y bien réfléchir, aucun doute là-dessus !

Tout à l’heure, allumant la bouilloire pour me préparer une tisane de graines de fenouil et d’anis pillées dans le mortier (j’adore !), j’ai jeté un oeil distrait par la fenêtre. Un astre brillait vers l’Ouest, légèrement au Nord. Vénus, ce ne pouvait être qu’elle, brillante et fidèle. J’ai tout d’abord joint pouces et index et regardé à travers le tout petit espace formé. C’est un truc de myope que m’avait appris mon père : de la sorte on peut voir net sans culs de bouteille mais aussi vérifier que l’étoile est bien une planète, apparaissant alors comme un cercle lumineux bien net et non une source lumineuse instable. J’ai alors sorti la lunette et contemplé l’astre dans sa tranquille beauté et son extrême solitude.

Quel luxe, ce temps soudain libéré ! Nous avons hier après-midi – qui me semble déjà si loin – livré à l’hôpital les premières blouses et reçu un deuxième lot de tissu, concrétisation incontestable du défi que Viviane et moi avons lancé voici à peine 15 jours. Bon… tout aussi incontestable, est le pain qu’il nous reste sur la planche, planche de salut, salut bien bas, des bas et des haut, haut comme le ciel, ciel plein d’étoiles…

Il est temps de vous laisser rêver dans les bras de Morphée mais pas sans vous avoir partagé les tous derniers mots du dernier livre de Roald Dahl, Les Minuscules : “Ayez bien les yeux ouverts sur le monde entier, car les plus grands secrets se trouvent aux endroits les plus inattendus. Ceux qui ne croient pas à la magie ne les connaîtront jamais”.

Ah, l’époque …

Je sais bien que le temps est une notion relative. Enfant, chaque jour durait une année et était pour moi la promesse d’une découverte. La lecture est de celles qui m’a le plus emplie, au propre comme au figuré. Je ressentais physiquement la jubilation d’être initiée à cette incroyable magie des lettres s’unissant pour former, de syllabes en mots puis en phrases, autant d’histoires. Une fois passées les nausées en voiture avec notre grand-père – qui fumait ses Gauloises sans filtre tout en nous conduisant de Basse-Bretagne en Normandie -, Le Club des Cinq, Fantômette, Le Clan des Sept et Les Soeurs Parker m’ont, au fil des étés, d’autant plus transportée que j’avais la certitude jouissive de ne pas être interrompue dans ma lecture par la fin de cet interminable voyage sur les routes de l’époque.

Adulte, le temps a commencé à s’accélérer. La fatigue des nuits entrecoupées pour allaiter où consoler d’un cauchemar l’un de mes quatre enfants était estompée par la joie de pouvoir leur conter des histoires avant que les aînés ne me prennent eux-mêmes le livre des mains pour le lire aux plus jeunes. Ce plaisir était décuplé par l’impertinence, la liberté du trait et la poésie du quotidien qu’Antonin Louchard – Tom peint des pommes -, Véronique Massenot et Isabelle Carly – Milos (Y a un os !) -, Gilles Baraqué et Gaëtan Dorémus – Histoire à toutes les sauces -, Zep – Le guide du zizi sexuel – et tant d’autres y insufflaient, dépoussiérant drôlement l’univers propret et souvent moralisateur des livres pour enfants de l’époque.

Depuis mi-avril, c’est une autre histoire. Les jours n’en forment plus qu’un. Comme un pont reliant deux rives et sur lequel les rêves logistiques ne sont que le prolongement de la réalité de la largeur du tissu, de l’impatience des personnes prêtes à en (dé)coudre… à moins que ce ne soit l’inverse. Relever de ce défi insensé, dans l’urgence et en plein confinement, a clairement obscurci mes frontières temporelles, m’entraînant dans la spirale d’une nouvelle époque.

Alors, histoire de me raccrocher à quelque chose, j’en ai cherché la définition dans le dictionnaire, ce concentré d’univers : “Epoque, subst. fém. : instant déterminé, point fixe dans le temps et servant de point de repère”. De repères, justement, je n’en avais plus qu’un, ténu : celui de mes compagnons de confinement et en télétravail. L’autre jour en plein jour, voyant Matthieu mon homme appliqué à chasser les poules du carré à peine semé et Elvire la benjamine de notre tribu en train de nous préparer un soufflé au fromage, j’ai compris que nous étions déjà samedi alors que dimanche venait à peine de s’achever.

Cela m’a fait penser à Raymond Devos, allez savoir pourquoi !?! J’ai repris son livre Matière à rire, dont je vous livre cet extrait choisi :

Tout va trop vite

Vous avez remarqué comme les gens marchent vite dans la rue ?…
Il y a quelques jours,
je rencontre un monsieur que je connaissais,
je vais pour lui serrer la main,
le temps de faire le geste…
il était passé !
Eh bien j’ai serré la main à un autre monsieur
qui, lui, tendait la sienne à un ami
qui était déjà passé depuis dix minutes.

 

Chut(e) …

C’était un week-end pascal comme les autres. Ou presque. Assurément, le confinement allait le teinter d’une couleur particulière, un soupçon de légèreté en moins. Une fois le deuxième lot de tissu parti chez les “coupeuses” samedi après-midi, nous avions toutes projeté de nous accorder une pause, de retrouver avec les nôtres le plaisir d’un repas qui se prolonge délicieusement, ou de préparer des semis sous un châssis bricolé avec deux vieilles lucarnes rapportées de Bretagne.

C’était sans compter quelques imprévus, malgré l’extrême soin apporté à la préparation de cette dernière phase. Bon… ‘ faut dire aussi que nous grimpions sur une échelle onirique, laquelle déployait plus du quintuple de barreaux que celle du défi que Viviane et moi avions lancé.

Pause donc …

Dimanche matin, m’attardant sur quelques articles de fond d’un grand quotidien, je suis tombée non de l’échelle mais sur la citation d’un psaume (90-12) dont voici un verset : “Enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que nous appliquions notre coeur à la sagesse.”

Mais oui bien sûr, me-je suis dit (ne vous parlez-vous jamais, au point de parfois sursauter au murmure de votre propre voix ?), oui, grimpe à l’échelle… enfin… prends un peu de hauteur, une séance de Tai Qi te ferait le plus grand bien.

C’est alors, dans cette infime vague entre inspire et expire, que le coucou a coucoulé pour la première fois cette année.

Eté 2018, près des rives du lac d’Annecy – @Francis Berthault

 


Merci à toutes les participant-es


Lien :
https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/haute-savoie/coronavirus-haute-savoie-plus-500-couturieres-benevoles-confectionnent-blouses-soignants-1815566.html